Une nouvelle procédure judiciaire au moment où BitMEX prépare sa fermeture
BitMEX et ses anciens dirigeants font face à une nouvelle action civile déposée aux États-Unis. BKX Services Inc. et David Namdar, deux anciens clients de la plateforme, demandent au tribunal d'autoriser un recours collectif au nom d'utilisateurs qui auraient subi des pertes dans des conditions similaires.
Le dépôt est intervenu le même jour que l'annonce de la fermeture progressive de BitMEX. L'exchange prévoit de cesser définitivement ses activités le 23 septembre 2026 et demande à ses clients de fermer leurs positions puis de retirer leurs actifs avant cette date.
La procédure ne constitue pas une condamnation. Elle expose des accusations formulées par les demandeurs, qui devront être établies devant le tribunal.
Arthur Hayes et trois anciens responsables directement visés
La plainte cite Arthur Hayes, Samuel Reed et Benjamin Delo, les trois cofondateurs de BitMEX. Gregory Dwyer, ancien responsable du développement commercial, figure également parmi les défendeurs.
HDR Global Trading Limited, société propriétaire de l'exchange, et quatre entités affiliées sont aussi mentionnées. Les demandeurs cherchent ainsi à engager la responsabilité des personnes physiques et des structures qui auraient participé à la conception, à l'exploitation ou à la supervision du système contesté.
Un prétendu bureau de trading disposant d'un accès privilégié
Au coeur de la plainte se trouve l'existence alléguée d'un bureau de trading interne. Selon les demandeurs, cette équipe aurait pu consulter des informations non publiques relatives aux comptes, aux ordres et aux niveaux de liquidation des clients.
Elle aurait ensuite utilisé ces données pour prendre des positions opposées à celles des utilisateurs. Les plaignants affirment qu'un tel avantage informationnel aurait permis à BitMEX de profiter directement des pertes et des liquidations enregistrées sur sa propre plateforme.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Demandeurs | BKX Services Inc. et David Namdar, présentés comme d'anciens clients de BitMEX. |
| Défendeurs principaux | Arthur Hayes, Benjamin Delo, Samuel Reed, Gregory Dwyer, HDR Global Trading et plusieurs sociétés affiliées. |
| Juridiction | Tribunal fédéral du district sud de New York. |
| Accusation centrale | Exploitation alléguée d'un bureau de trading interne utilisant des données privées de clients. |
| Autre accusation | Interruptions de serveurs qui auraient bloqué les utilisateurs pendant des épisodes de forte volatilité et de liquidation. |
| Pertes revendiquées | Environ 622,66 BTC au total, selon les informations rapportées sur la plainte. |
| Statut | Proposition de recours collectif. Les faits ne sont pas établis et la procédure doit suivre son cours. |
Des interruptions de serveurs au centre du dossier
Les demandeurs affirment que BitMEX aurait volontairement interrompu ou limité l'accès à ses serveurs durant des mouvements de marché particulièrement violents. Ces épisodes auraient empêché certains clients de modifier leurs ordres, d'ajouter des garanties ou de fermer leurs positions.
Pendant ce temps, les systèmes de liquidation de la plateforme auraient continué à fonctionner. Les utilisateurs concernés auraient donc perdu leur collatéral alors que le prétendu bureau interne aurait conservé la possibilité de trader.
Une liquidation se produit lorsqu'une position ne dispose plus d'une garantie suffisante pour couvrir ses pertes. La plateforme ferme alors automatiquement la position. Sur un marché très volatil, quelques secondes d'indisponibilité peuvent empêcher un trader d'ajouter du collatéral ou de réduire son exposition.
Plus de 600 bitcoins réclamés
Les informations publiées sur le dossier indiquent que BKX Services aurait perdu au moins 305,81 BTC et David Namdar plus de 316,85 BTC. Le total atteint environ 622,66 BTC.
La plainte réclame notamment la restitution des bitcoins concernés et des dommages supplémentaires. La valeur en dollars dépendra toutefois du cours retenu par le tribunal et de la date d'évaluation, si les demandeurs obtiennent gain de cause.
Des accusations qui rappellent une procédure antérieure
Les allégations d'un bureau bénéficiant d'un accès exceptionnel aux comptes ne sont pas nouvelles. Une précédente procédure engagée par d'autres utilisateurs avait déjà évoqué un système de trading interne disposant d'un accès qualifié de très étendu aux données de la plateforme.
En 2024, un tribunal avait refusé d'écarter certaines demandes contre Benjamin Delo dans ce dossier antérieur. Cette décision ne validait pas les accusations, mais elle permettait à une partie de la procédure de continuer.
BitMEX a déjà connu plusieurs affaires réglementaires
Les cofondateurs de BitMEX ont plaidé coupable en 2022 d'avoir violé le Bank Secrecy Act en ne mettant pas en place un programme adéquat de lutte contre le blanchiment et de connaissance du client. Ils ont également accepté de payer des sanctions civiles.
La CFTC avait obtenu des pénalités totalisant 30 millions de dollars contre Arthur Hayes, Benjamin Delo et Samuel Reed. BitMEX a ensuite été condamnée à une amende pénale de 100 millions de dollars en janvier 2025 après avoir plaidé coupable dans une procédure distincte.
Une grâce présidentielle qui ne bloque pas les actions civiles
Arthur Hayes, Benjamin Delo et Samuel Reed ont reçu une grâce présidentielle en mars 2025 pour leurs condamnations pénales fédérales. Cette mesure efface ou neutralise les conséquences pénales visées par la grâce.
Elle ne protège pas automatiquement les intéressés contre des actions civiles privées. Les anciens clients peuvent donc continuer à demander réparation pour des pertes qu'ils attribuent au fonctionnement de l'exchange.
La fermeture de BitMEX marque la fin d'une époque
Fondée en 2014, BitMEX a joué un rôle majeur dans le développement des produits dérivés crypto. La plateforme a popularisé les contrats perpétuels à fort effet de levier et a longtemps occupé une position dominante sur le marché du bitcoin.
La concurrence de Binance, Bybit, OKX et d'autres exchanges a progressivement réduit son influence. Selon les données citées au moment de l'annonce, sa part de marché serait désormais inférieure à 0,01 %, avec des volumes quotidiens très faibles par rapport aux leaders du secteur.
Les utilisateurs doivent retirer leurs fonds avant septembre
BitMEX demande à ses clients de clôturer leurs positions et de retirer leurs actifs avant le 23 septembre 2026. La société a indiqué que la décision de fermeture faisait suite à une revue stratégique de son activité et du marché crypto.
La nouvelle plainte ajoute une incertitude juridique à cette phase de liquidation opérationnelle. Elle pourrait également compliquer le traitement de certaines réclamations si les demandeurs cherchent à préserver des actifs ou à obtenir des garanties.
Un dossier sensible pour la confiance dans les exchanges
L'affaire pose une question centrale pour les plateformes centralisées : comment garantir que l'opérateur n'utilise pas les informations confidentielles de ses clients à son propre avantage ? Les exchanges connaissent les ordres, les marges et les seuils de liquidation de leurs utilisateurs.
Des procédures de séparation, des contrôles indépendants et une surveillance réglementaire sont donc nécessaires pour réduire les conflits d'intérêts. Les accusations contre BitMEX illustrent le risque extrême qui apparaît lorsque cette confiance est remise en cause.
Les défendeurs pourront contester chaque accusation
À ce stade, le tribunal n'a pas jugé que BitMEX ou ses anciens dirigeants avaient commis les faits décrits. Les défendeurs pourront demander le rejet de la plainte, contester la compétence du tribunal, remettre en cause le statut des demandeurs ou produire leurs propres éléments de preuve.
Le recours collectif devra également être certifié. Les plaignants devront démontrer que les membres potentiels du groupe partagent des questions de fait et de droit suffisamment communes.
Une affaire qui pourrait durer plusieurs années
Les litiges financiers complexes progressent généralement lentement. La phase de communication des documents pourrait porter sur les données de trading, les journaux de serveurs, les communications internes, le fonctionnement du moteur de liquidation et les relations entre les différentes entités du groupe.
L'issue pourrait prendre la forme d'un rejet, d'un accord amiable ou d'un jugement. En attendant, l'affaire restera un nouvel épisode de la longue série de procédures ayant entouré BitMEX et ses fondateurs.