Wise essuie un refus mais ne renonce pas au marché bancaire américain

Wise a confirmé que l’Office of the Comptroller of the Currency, l’autorité chargée de superviser les banques nationales aux États-Unis, avait rejeté sa demande de création d’une banque fiduciaire nationale. Cette candidature avait été déposée en juin 2025 afin de renforcer l’accès de la fintech aux infrastructures de paiement américaines.

Le groupe britannique ne compte toutefois pas abandonner son projet. Wise prévoit de redéposer une nouvelle demande adaptée au cadre réglementaire issu du GENIUS Act, qui organise désormais le statut des émetteurs de stablecoins de paiement et leur relation avec le système bancaire fédéral.

Wise veut conserver le même objectif stratégique, réduire sa dépendance aux intermédiaires bancaires et connecter plus directement son infrastructure de paiement aux rails financiers américains.

Pourquoi la première candidature a été rejetée

Selon la décision rapportée, l’OCC a identifié plusieurs faiblesses dans le dossier original. Le régulateur aurait notamment estimé que le programme de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme présentait des insuffisances importantes.

L’autorité aurait aussi relevé un manque d’expérience de certains dirigeants proposés dans les domaines fiduciaires, bancaires et réglementaires américains. Pour une institution souhaitant obtenir une charte nationale, la qualité de la gouvernance, la gestion des risques et les procédures de conformité constituent des critères essentiels.

Un ancien dossier devenu incompatible avec la politique de la Réserve fédérale

Wise explique que son dossier initial reposait en partie sur la possibilité d’obtenir un accès direct aux systèmes de paiement de la Réserve fédérale. Une telle connexion aurait permis à la société de régler certaines opérations en dollars sans passer par une banque partenaire.

Mais la politique américaine a évolué depuis le dépôt de la demande. La Réserve fédérale a notamment limité ou suspendu l’accès aux comptes pour certaines banques fiduciaires non assurées. Wise considère donc que l’architecture juridique envisagée à l’origine n’est plus viable.

Le dossier Wise en résumé
ÉlémentDétail
Demande initialeCréation d’une banque fiduciaire nationale américaine, déposée en juin 2025.
Régulateur compétentOffice of the Comptroller of the Currency, ou OCC.
DécisionRejet de la première candidature en juillet 2026.
Motifs évoquésPréoccupations de conformité, lutte contre le blanchiment, gouvernance et expérience de l’équipe proposée.
Nouvelle stratégieRedéposer une demande sous le cadre du GENIUS Act.
Objectif opérationnelFaciliter les règlements en dollars et connecter les actifs numériques aux infrastructures de paiement existantes.
Activité actuelleWise continue d’opérer aux États-Unis avec ses licences de transfert d’argent existantes.

Le GENIUS Act change le cadre des stablecoins aux États-Unis

Adopté en 2025, le GENIUS Act établit un cadre fédéral pour les stablecoins de paiement. La loi impose notamment des règles de réserves, de transparence, de gestion des risques et de supervision pour les émetteurs autorisés.

Pour Wise, cette nouvelle architecture pourrait offrir une voie plus adaptée que le modèle présenté dans sa première demande. La fintech affirme que son infrastructure est bien placée pour faire fonctionner ensemble les actifs numériques et les systèmes de paiement traditionnels.

Qu’est-ce qu’une banque fiduciaire nationale ?

Une banque fiduciaire nationale est une institution supervisée au niveau fédéral qui peut fournir des services de conservation, de gestion d’actifs ou de paiement sans exercer toutes les activités d’une banque commerciale classique. Elle ne reçoit pas nécessairement de dépôts assurés et n’accorde généralement pas de crédits comme une banque de détail traditionnelle.

Wise pourrait utiliser les stablecoins comme nouvelle infrastructure de règlement

Wise est principalement connue pour ses transferts internationaux et ses comptes multidevises. Son modèle repose encore largement sur un réseau de partenaires bancaires locaux permettant de déplacer des fonds entre les différentes zones monétaires.

L’intégration de stablecoins réglementés pourrait réduire certains délais, améliorer la disponibilité des règlements et faciliter les transferts en dehors des horaires bancaires. Wise n’a toutefois pas annoncé le lancement d’un stablecoin propriétaire ni confirmé la structure exacte de sa future candidature.

Un enjeu stratégique pour réduire le nombre d’intermédiaires

Plus une plateforme de paiement contrôle directement son infrastructure, plus elle peut potentiellement réduire ses coûts et améliorer la vitesse d’exécution. Une charte nationale pourrait également simplifier l’organisation réglementaire de Wise, qui fonctionne actuellement avec de nombreuses licences locales.

Cette évolution pourrait renforcer la compétitivité de Wise face aux banques, aux réseaux de cartes, aux fintechs comme Revolut et aux entreprises crypto qui développent leurs propres solutions de paiement en stablecoins.

Les problèmes de conformité restent au centre du dossier

La nouvelle candidature devra répondre de manière détaillée aux critiques formulées par l’OCC. Wise avait déjà fait l’objet d’un accord avec plusieurs régulateurs américains concernant des défaillances historiques de son programme de lutte contre le blanchiment.

La société affirme avoir amélioré ses procédures d’enquête, la qualité des données collectées auprès de ses clients, le signalement des opérations suspectes et les ressources consacrées à la conformité. Le régulateur devra déterminer si ces changements sont suffisants pour soutenir une nouvelle demande.

Le refus ne bloque pas les services actuels de Wise

La décision de l’OCC porte sur la création d’une nouvelle institution bancaire et ne remet pas directement en cause les services déjà proposés par Wise aux États-Unis. La fintech continue d’y fonctionner grâce à ses licences de transmetteur de fonds dans plusieurs États et territoires.

Les clients peuvent donc continuer à utiliser les services habituels de transferts internationaux et de comptes multidevises. L’obtention d’une charte nationale concernerait surtout la structure future du groupe et sa capacité à internaliser davantage d’opérations.

Une chute en Bourse après l’annonce

Les investisseurs ont réagi négativement au rejet de la demande. L’action Wise a perdu jusqu’à environ 10 % lors de la séance suivant l’annonce, signe que le marché considère l’accès direct au système bancaire américain comme un élément important de la stratégie du groupe.

Cette baisse reflète aussi les inquiétudes liées aux coûts de conformité, aux délais nécessaires pour déposer une nouvelle candidature et à l’incertitude sur la forme exacte que prendra le cadre d’application du GENIUS Act.

Les États-Unis restent le principal marché de croissance de Wise

Wise présente les États-Unis comme l’une de ses plus grandes opportunités de développement. Le pays représente déjà une part significative de son activité, alors que les transferts internationaux, les paiements commerciaux et les services multidevises y constituent un marché particulièrement vaste.

Une présence réglementaire plus intégrée pourrait permettre à Wise de proposer de nouveaux produits, d’améliorer ses marges et de mieux concurrencer les établissements financiers locaux. Mais cette ambition dépendra de la capacité du groupe à convaincre les autorités américaines.

Le GENIUS Act attire les fintechs et les entreprises crypto

Le nouveau cadre américain encourage plusieurs acteurs à envisager une charte bancaire nationale ou un statut d’émetteur de stablecoins réglementé. Des sociétés de paiements, des plateformes crypto et des émetteurs de tokens cherchent ainsi à sécuriser leur accès au système financier fédéral.

Cette convergence pourrait modifier la frontière entre banques, fintechs et entreprises blockchain. Les sociétés capables de réunir une forte infrastructure technologique et des contrôles réglementaires robustes pourraient prendre une place importante dans les paiements numériques.

Une seconde candidature qui devra être plus solide

Wise devra probablement présenter une gouvernance renforcée, une équipe américaine plus expérimentée et un programme de conformité démontrant sa capacité à répondre aux attentes d’une institution fédérale. Le groupe devra aussi expliquer précisément comment sa future structure s’inscrira dans le GENIUS Act.

La nouvelle demande ne garantit donc pas une approbation. Elle montre cependant que Wise considère la réglementation des stablecoins comme une opportunité stratégique pour poursuivre son objectif d’un système de paiement international plus direct et moins dépendant des banques correspondantes.

Note éditoriale : cet article synthétise des informations publiques relatives à Wise, à l’Office of the Comptroller of the Currency et au GENIUS Act. Il ne constitue pas un conseil financier ou juridique. Les projets de licence bancaire et de services fondés sur les stablecoins restent soumis à l’approbation des régulateurs, aux exigences de conformité, aux risques opérationnels et à l’évolution de la législation américaine.