eToro passe à l'offensive sur l'auto-conservation

L'accord annoncé ce 15 avril 2026 marque une étape décisive pour eToro. La plateforme, connue pour son approche sociale du trading, ne se contente plus d'être un courtier. En rachetant Zengo, elle intègre directement une solution de wallet non-custodial, c'est-à-dire un portefeuille où l'utilisateur conserve la pleine propriété de ses clés privées.

Zengo, fondée en 2018, s'est fait un nom grâce à sa technologie MPC (multi-party computation). Concrètement, cela supprime la nécessité d'une phrase de récupération (seed phrase) souvent source d'erreurs et de vulnérabilités. La sécurité repose sur la distribution de fragments de clés entre l'appareil de l'utilisateur et les serveurs de Zengo, rendant le vol beaucoup plus complexe.

Une technologie sans faille depuis 2018

L'un des arguments de vente majeurs de Zengo est son bilan de sécurité. La société affirme qu'aucun wallet n'a été piraté depuis son lancement, malgré une base de plus de 2 millions d'utilisateurs. Cette fiabilité a visiblement pesé dans la décision d'eToro, soucieux de protéger ses clients tout en leur offrant une porte d'entrée vers la finance décentralisée.

Au-delà de la simple conservation, Zengo permet déjà des fonctionnalités avancées : échange de tokens (swap), staking, et accès aux applications décentralisées (dApps). Autant de briques technologiques qui viendront enrichir l'écosystème eToro et fidéliser une clientèle en quête d'autonomie.

"La conservation personnelle jouera un rôle central dans un système financier plus décentralisé", a déclaré Yoni Assia, CEO d'eToro. "Cet accord est un investissement de long terme, pas un simple pari commercial à court terme."

Une stratégie d'expansion tous azimuts

L'acquisition de Zengo ne tombe pas par hasard. eToro traverse une phase de croissance accélérée. Après son introduction réussie sur le Nasdaq l'année dernière, la plateforme a publié des bénéfices en forte hausse au quatrième trimestre, portés notamment par les dérivés crypto. Plus récemment, eToro a obtenu une BitLicense à New York, lui permettant d'activer les transactions crypto dans l'un des marchés les plus stratégiques et régulés des États-Unis.

En parallèle, Zengo a continué d'innover. La start-up a notamment lancé un système de récupération de type "héritage" pour les actifs numériques, et a acquis Minke, un wallet spécialisé dans les stablecoins. Elle avait déjà levé 20 millions de dollars en série A en 2021, puis cherché des fonds supplémentaires à une valorisation de 100 millions de dollars.

📊 Comparaison des approches de garde d'actifs
Type de garde Contrôle des clés Responsabilité Exemple typique
Garde traditionnelle (custodial) Exchange ou plateforme Plateforme (risque de faillite, piratage) Coinbase, Binance, eToro avant rachat
Auto-conservation (non-custodial) Utilisateur uniquement Utilisateur (perte de clés = perte définitive) Wallet matériel, MetaMask, Zengo
MPC Wallet (type Zengo) Partagé entre utilisateur et fournisseur Distribuée (aucune entité n'a la clé complète) Zengo, Fireblocks (institutionnel)

Quels changements pour les utilisateurs d'eToro ?

Pour l'instant, les détails concrets de l'intégration restent flous. eToro devrait proposer Zengo comme une option de wallet intégrée, permettant à ses utilisateurs de basculer facilement entre une garde traditionnelle (pour le trading rapide) et une auto-conservation (pour le stockage long terme ou l'accès à la DeFi). C'est exactement le modèle que visent les grandes plateformes hybrides.

L'enjeu est aussi éducatif. La majorité des investisseurs en crypto sur des plateformes comme eToro ne possèdent pas directement les clés de leurs actifs. Proposer un wallet aussi sécurisé et simple que Zengo pourrait démocratiser la self-custody et réduire la dépendance aux exchanges centralisés.

🔐 Qu'est-ce que la technologie MPC ?

La multi-party computation (calcul multipartite) décompose une clé privée en plusieurs fragments. Ces fragments sont distribués : un sur l'appareil de l'utilisateur, d'autres sur les serveurs du fournisseur. Aucune entité ne détient la clé complète. Pour autoriser une transaction, les fragments sont combinés de manière sécurisée sans jamais reconstituer la clé. Cela élimine le risque de point de défaillance unique (seed phrase volée ou serveur piraté).

Un signal fort pour l'industrie

Avec ce rachat à 70 millions de dollars, eToro envoie un message clair : l'avenir de la finance passe par l'interopérabilité entre le monde régulé du courtage et les infrastructures décentralisées. Le pari est risqué, car la self-custody reste un concept technique pour le grand public. Mais si eToro réussit à le vulgariser, il pourrait capter une part significative des flux vers la DeFi.

De son côté, Zengo gagne un accès immédiat à des millions de clients eToro, une puissance de feu marketing et une crédibilité institutionnelle. Les deux entités espèrent ainsi accélérer l'adoption des wallets "intelligents" et démontrer que sécurité et simplicité ne sont pas incompatibles dans l'univers crypto.