Une opposition bipartisane à toute clémence pour SBF
Cynthia Lummis et Rubén Gallego ont présenté une résolution au Sénat américain demandant que Sam Bankman-Fried ne bénéficie ni d’un pardon présidentiel ni d’une commutation de peine. Le texte vise à placer officiellement la chambre haute contre une mesure de clémence en faveur de l’ancien dirigeant de FTX.
La démarche est politiquement significative parce qu’elle réunit une républicaine et un démocrate occupant ensemble les postes de direction de la sous-commission bancaire du Sénat consacrée aux actifs numériques. Dans un Congrès souvent divisé sur la régulation crypto, leur accord sur ce dossier envoie un message clair : le soutien à l’innovation blockchain ne doit pas être confondu avec l’indulgence envers les fraudes commises au sein du secteur.
La résolution ne retire pas à Donald Trump son pouvoir de grâce, mais elle cherche à rendre politiquement plus coûteuse toute décision favorable à Sam Bankman-Fried.
Une résolution symbolique, mais politiquement lourde
Le texte présenté par Lummis et Gallego est non contraignant. Le pouvoir de pardon pour les infractions fédérales appartient au président en vertu de la Constitution américaine, et le Congrès ne peut pas l’annuler par une simple résolution.
Son importance est donc principalement institutionnelle et politique. Les sénateurs veulent créer une position officielle du Sénat, rappeler la gravité des faits retenus par la justice et répondre à la campagne publique menée par Bankman-Fried pour présenter sa condamnation comme excessive ou politiquement motivée.
Une telle résolution peut aussi servir de signal à la Maison-Blanche, au Département de la Justice, aux victimes de FTX et à l’opinion publique. Même sans force juridique directe, elle formalise l’idée qu’une grâce risquerait d’affaiblir la crédibilité des efforts de protection des investisseurs et des consommateurs.
Le rejet de l’appel renforce la pression
La prise de position des sénateurs intervient après que la cour d’appel fédérale du deuxième circuit a confirmé la condamnation et la peine de 25 ans de Sam Bankman-Fried. Dans une décision unanime, les juges ont considéré que les preuves présentées par les procureurs étaient particulièrement solides.
Bankman-Fried peut encore demander un nouvel examen par l’ensemble des juges actifs du circuit ou saisir la Cour suprême, mais ses options judiciaires se réduisent. La voie de la clémence présidentielle devient ainsi plus importante pour sa stratégie de sortie anticipée.
Le fondateur de FTX a parallèlement déposé une demande officielle auprès de l’Office of the Pardon Attorney. Cette requête est distincte de son appel : elle ne cherche pas à démontrer une erreur de droit, mais à obtenir une décision discrétionnaire du pouvoir exécutif.
| Élément | Situation |
|---|---|
| Condamnation | Sept chefs de fraude et de conspiration liés à FTX et Alameda Research |
| Peine | 25 ans de prison fédérale |
| Appel | Condamnation confirmée à l’unanimité par le deuxième circuit en juin 2026 |
| Demande de clémence | Requête formelle en attente auprès du Département de la Justice |
| Réponse politique | Résolution bipartisane Lummis-Gallego opposée à toute grâce ou commutation |
Pourquoi Lummis et Gallego interviennent
La position commune des deux sénateurs cherche notamment à protéger la distinction entre l’industrie crypto légitime et les comportements frauduleux qui ont marqué l’effondrement de FTX. Cynthia Lummis est l’une des voix républicaines les plus favorables à Bitcoin et à un cadre réglementaire clair. Rubén Gallego participe également aux négociations sur la structure des marchés d’actifs numériques.
Leur message est donc qu’une politique pro-crypto ne doit pas devenir une politique de clémence automatique envers les dirigeants condamnés. Une grâce de SBF pourrait être utilisée par les critiques du secteur pour soutenir que les acteurs influents de la crypto bénéficient d’un traitement politique privilégié.
Les sénateurs soulignent aussi l’absence de repentir qu’ils attribuent à Bankman-Fried. Celui-ci continue de défendre l’idée que FTX disposait d’actifs suffisants et que la procédure de faillite a détruit de la valeur, alors que le jury et les cours fédérales ont retenu une utilisation frauduleuse des fonds des clients.
Le pouvoir de grâce de Donald Trump reste intact
Donald Trump conserve la capacité constitutionnelle d’accorder un pardon ou de commuer la peine. Un pardon peut alléger les conséquences juridiques de la condamnation, tandis qu’une commutation réduit la peine sans effacer le verdict.
Le président avait indiqué précédemment qu’il ne prévoyait pas de gracier Bankman-Fried. Toutefois, son utilisation passée du pouvoir de clémence dans des dossiers crypto — notamment pour Ross Ulbricht, Changpeng Zhao ou des dirigeants de BitMEX — explique pourquoi la demande de SBF continue d’attirer l’attention.
La situation de Bankman-Fried reste néanmoins différente. Son procès concernait le détournement de milliards de dollars de fonds clients, alors que plusieurs autres pardons crypto portaient surtout sur des infractions de conformité, de licences ou de lutte contre le blanchiment.
Non. Une résolution du Sénat exprime une position politique, mais elle ne limite pas le pouvoir constitutionnel du président de gracier une personne condamnée pour une infraction fédérale. Son effet principal est d’accroître la pression publique et institutionnelle.
Le remboursement des créanciers ne clôt pas le débat pénal
Les défenseurs de Bankman-Fried mettent régulièrement en avant les distributions effectuées ou prévues par la masse de faillite FTX. La hausse de valeur de certains investissements, notamment dans des sociétés technologiques, a permis de reconstituer une part importante des actifs disponibles pour les créanciers.
Mais les tribunaux ont distingué la valeur finalement récupérée du comportement pénal jugé au procès. La question centrale était de savoir si les fonds des clients avaient été utilisés sans autorisation et si les déclarations publiques de FTX étaient trompeuses au moment des faits.
Pour Lummis et Gallego, les récupérations réalisées après la faillite ne justifient donc pas une mesure de clémence. Ils considèrent qu’un pardon risquerait d’envoyer le message qu’une fraude peut être relativisée lorsque des actifs prennent ultérieurement de la valeur.
Un test de crédibilité pour la politique crypto américaine
Le débat intervient alors que Washington travaille à un cadre plus favorable aux stablecoins, aux marchés crypto et à la tokenisation. Les élus cherchent à attirer les entreprises aux États-Unis tout en démontrant que la protection des clients reste une priorité.
Une grâce accordée à SBF pourrait compliquer cet équilibre. Elle fournirait des arguments aux opposants du secteur, qui dénoncent déjà la proximité entre certains dirigeants crypto, les groupes de lobbying et le pouvoir politique.
À l’inverse, une opposition bipartisane permet aux promoteurs d’une régulation plus claire de montrer qu’ils peuvent soutenir l’innovation tout en maintenant une ligne dure contre la fraude.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La première question est de savoir si la résolution obtiendra un soutien plus large et si elle sera soumise à un vote formel. Même adoptée, elle restera non contraignante, mais un vote massif renforcerait son poids politique.
Il faudra ensuite suivre le traitement de la demande de pardon par l’Office of the Pardon Attorney et toute réaction de la Maison-Blanche. Aucune échéance publique n’oblige le président à trancher rapidement.
Enfin, Bankman-Fried peut poursuivre ses recours judiciaires. Son équipe peut demander un réexamen de l’arrêt ou tenter de porter l’affaire devant la Cour suprême. Une éventuelle grâce resterait donc une voie parallèle, et non le seul développement possible.
Un front commun rare dans le débat crypto
La résolution Lummis-Gallego montre qu’un consensus bipartisan demeure possible lorsqu’il s’agit de l’héritage de FTX. Les deux sénateurs, pourtant issus de partis différents, veulent empêcher que l’assouplissement général de la politique crypto américaine soit interprété comme une réhabilitation de Sam Bankman-Fried.
Le texte n’a pas le pouvoir de bloquer Donald Trump, mais il fixe une ligne politique : selon ses auteurs, la fraude de FTX, la condamnation confirmée et l’impact sur les clients excluent toute clémence présidentielle.
La décision finale appartient toujours au président. Mais la demande de SBF, qui relevait jusqu’ici surtout de sa stratégie personnelle et juridique, devient désormais un véritable sujet de politique institutionnelle au Sénat.