Figure met la main sur Kiavi

Figure Technology Solutions poursuit son expansion dans les marchés de capitaux blockchain-native. La société a annoncé un accord définitif pour acquérir Kiavi, une plateforme de prêts destinée aux investisseurs immobiliers résidentiels, dans une transaction évaluée à 717 millions de dollars.

L’opération ne se limite pas à une acquisition classique de fintech. Elle combine le rachat d’une plateforme technologique, l’intégration d’un volume important de prêts immobiliers et la création d’un véhicule avec Sixth Street pour absorber les actifs de bilan de Kiavi. Pour Figure, l’objectif est clair : faire entrer davantage de crédit privé et immobilier sur ses rails de marché tokenisés.

Kiavi apporte une activité déjà installée dans les prêts aux investisseurs immobiliers : financement de rénovation, prêts de transition résidentielle, prêts locatifs et produits liés aux biens d’investissement. Cette base donne à Figure un nouveau flux d’actifs réels à distribuer via Figure Connect et Democratized Prime.

Une opération à 717 millions de dollars

Le montant annoncé est significatif : 717 millions de dollars. Dans le détail, Figure doit acquérir la technologie et la plateforme opérationnelle de Kiavi, tandis qu’une coentreprise entre Figure et Sixth Street doit acquérir les actifs portés au bilan de Kiavi.

Cette architecture permet à Figure de rester fidèle à son modèle capital-light. Plutôt que de porter massivement les prêts à son bilan, la société veut organiser leur origination, leur financement, leur vente et leur négociation au sein d’un marché de capitaux numérique.

Sixth Street, spécialiste mondial de l’investissement, apporte de son côté une capacité de bilan et de structuration. Le montage montre comment la tokenisation des actifs réels ne remplace pas immédiatement les acteurs traditionnels du crédit : elle les connecte à de nouveaux rails de distribution, de données et de règlement.

Figure-Kiavi : chiffres et structure du deal
Élément Donnée annoncée Lecture
Montant de l’opération 717 M$ Acquisition majeure dans le crédit immobilier fintech
Actif principal acquis par Figure Technologie et plateforme opérationnelle Kiavi Figure récupère le moteur d’origination et de distribution
Actifs de bilan Repris par une JV Figure-Sixth Street Structure pensée pour préserver un modèle capital-light
Nouveau volume annuel attendu Plus de 7 Md$ Volume de prêts de premier rang ajouté à Figure Connect
Flux mensuel vers Democratized Prime Plus de 100 M$ Alimentation régulière du marché blockchain-native
Marché adressable mis en avant Environ 200 Md$ par an Crédit immobilier investisseur et prêts de transition résidentielle

Pourquoi Kiavi intéresse Figure

Kiavi est spécialisée dans les prêts aux investisseurs immobiliers résidentiels. Ces emprunteurs financent typiquement l’achat, la rénovation, la construction ou la mise en location de biens. Les produits incluent notamment les Residential Transition Loans, souvent utilisés pour des stratégies de rénovation ou de revente, et les prêts DSCR, basés sur la capacité du bien à générer des revenus locatifs.

Ce segment est attractif pour Figure car il produit un flux d’actifs financiers relativement standardisables. Chaque prêt dispose de données, de garanties, de durées, de flux de paiement et de profils de risque pouvant être intégrés dans une infrastructure de marché. C’est précisément le type d’actif que Figure veut connecter à ses rails blockchain.

Kiavi ajoute aussi une couche d’intelligence artificielle et d’automatisation. La plateforme utilise la donnée pour accélérer l’analyse, la décision et le financement des prêts immobiliers. Pour Figure, cette combinaison IA + crédit + blockchain permet de construire un marché plus rapide, plus transparent et plus programmable.

Pourquoi c’est important

La tokenisation des RWA ne concerne pas seulement les bons du Trésor ou les fonds monétaires. Avec Kiavi, Figure veut faire entrer un segment entier du crédit immobilier privé sur des rails blockchain : origination, financement, distribution et marché secondaire peuvent devenir plus automatisés, plus transparents et moins dépendants des circuits bancaires classiques.

Figure Connect au centre de la stratégie

Figure Connect est présenté comme le marché de capitaux de Figure pour l’origination, le financement, la vente et l’échange d’actifs tokenisés. L’ajout de Kiavi doit fournir à cette infrastructure plus de 7 milliards de dollars de volume annuel supplémentaire en prêts de premier rang.

Ce point est central. Un marché blockchain n’a de valeur que s’il dispose d’actifs de qualité, de volumes réguliers et d’acheteurs capables d’absorber ces flux. En rachetant Kiavi, Figure ne se contente pas d’ajouter une technologie : elle sécurise un pipeline d’actifs immobiliers pouvant être intégré à son écosystème.

La société veut ainsi accélérer le passage des RWA de la théorie à la production. Là où beaucoup de projets de tokenisation restent limités à des pilotes ou à des actifs très simples, Figure tente de créer un marché de crédit réel avec des volumes importants et une logique institutionnelle.

Democratized Prime doit recevoir plus de 100 M$ par mois

L’autre élément clé est Democratized Prime, la plateforme blockchain-native de financement de Figure. L’acquisition de Kiavi doit y ajouter plus de 100 millions de dollars de flux mensuels. Cette donnée montre que Figure ne cherche pas seulement à annoncer une transaction stratégique : elle veut alimenter son infrastructure avec un flux récurrent d’actifs.

Dans le crédit, la régularité des volumes compte autant que la taille du portefeuille. Un flux mensuel permet de construire des relations avec investisseurs, de standardiser les processus, de mieux calibrer les prix et de développer un historique de performance. Pour une infrastructure de marché, c’est un avantage important.

Si Figure parvient à déplacer une partie de ces flux sur des rails tokenisés, la société pourrait démontrer que la blockchain peut servir à autre chose qu’à émettre des tokens spéculatifs : elle peut aussi moderniser la tuyauterie du crédit privé.

Le rôle de Sixth Street

Sixth Street joue un rôle structurant dans la transaction. La coentreprise avec Figure doit reprendre les actifs de bilan de Kiavi, ce qui permet de séparer l’acquisition opérationnelle de la gestion des prêts existants. Cette distinction est importante pour comprendre le montage.

Figure veut rester une plateforme de marché, pas seulement un prêteur qui accumule des actifs. En confiant une partie du bilan à une structure commune avec un investisseur institutionnel, l’entreprise peut poursuivre une logique d’origination et de distribution plutôt qu’une logique purement bancaire.

Cette approche illustre aussi l’évolution du marché des RWA : les acteurs crypto-native ne travaillent plus isolément. Ils s’associent à des gestionnaires d’actifs, fonds de crédit, banques, courtiers et investisseurs spécialisés pour convertir des actifs traditionnels en produits accessibles via de nouvelles infrastructures.

Un marché adressable de 200 milliards de dollars

Figure met en avant un marché adressable annuel d’environ 200 milliards de dollars pour les produits liés au crédit immobilier investisseur. Ce chiffre donne la mesure de l’ambition. Les prêts de transition résidentielle, les financements de rénovation et les prêts locatifs ne sont pas des niches marginales : ils forment un segment important du financement immobilier américain.

La demande est soutenue par plusieurs tendances : vieillissement du parc immobilier, besoin de rénovation, tension sur l’offre de logements, hausse du marché locatif et professionnalisation des investisseurs immobiliers. Kiavi opère précisément sur ces besoins en apportant des solutions de financement rapides et spécialisées.

Pour Figure, ce marché est intéressant car il combine volume, garantie immobilière, besoin de capitaux et fragmentation opérationnelle. Ce sont des caractéristiques favorables à une infrastructure numérique capable de réduire les délais, les coûts et les frictions de distribution.

De l’IA au service du crédit immobilier

Kiavi est décrite comme une plateforme alimentée par l’IA. Dans ce contexte, l’intelligence artificielle ne signifie pas seulement un chatbot ou une interface utilisateur. Elle intervient dans l’analyse des données immobilières, l’évaluation des dossiers, l’automatisation des étapes d’origination et la rapidité de prise de décision.

La combinaison avec Figure peut renforcer cette logique. Les données structurées issues de l’origination peuvent alimenter des actifs plus transparents sur un marché blockchain, tandis que la blockchain peut fournir une couche d’enregistrement, de règlement et de suivi des transactions.

Figure mentionne aussi Adaptor, un produit d’IA conçu pour favoriser un onboarding plus agentique, c’est-à-dire davantage automatisé entre systèmes. Si cette vision se concrétise, les prêts pourraient passer plus rapidement de l’origination à la distribution, avec moins d’interventions manuelles entre les différentes parties.

Pourquoi ce deal parle au marché crypto

À première vue, l’acquisition de Kiavi ressemble à une opération de fintech immobilière. Pourtant, elle parle directement au marché crypto car elle touche au thème central des actifs réels tokenisés. Les RWA sont devenus l’un des récits les plus suivis de la finance numérique : bons du Trésor tokenisés, fonds monétaires, crédit privé, immobilier et infrastructures de marché.

La promesse est simple : rendre des actifs traditionnels plus faciles à financer, transférer, fractionner, suivre et négocier. Mais la difficulté est considérable. Les actifs réels impliquent des contrats, des garanties, des régulateurs, des servicers, des investisseurs qualifiés, des données de performance et des règles de conformité.

C’est pourquoi l’opération Figure-Kiavi est importante. Elle montre une stratégie verticale : plutôt que d’attendre que des actifs viennent spontanément sur sa blockchain, Figure achète un producteur d’actifs et l’intègre dans son propre marché.

Une étape dans la convergence entre crédit privé et blockchain

Le crédit privé connaît une forte croissance depuis plusieurs années, porté par des investisseurs à la recherche de rendement hors des marchés publics. En parallèle, la blockchain cherche à prouver qu’elle peut améliorer la distribution et la transparence de ces actifs. Figure tente de réunir les deux mouvements.

Si l’intégration réussit, les investisseurs pourraient accéder à des expositions immobilières plus standardisées, avec des flux de données plus rapides et des processus de règlement plus efficaces. Les emprunteurs, de leur côté, pourraient bénéficier de délais de financement plus courts et d’un accès plus large au capital.

Le risque principal reste l’exécution. Intégrer une plateforme de prêts immobiliers, une structure avec Sixth Street, des actifs de bilan, des investisseurs institutionnels et des rails blockchain est complexe. Les gains de coût et de friction annoncés devront être démontrés dans le temps.

Ce que l’opération change pour Figure

Figure renforce son positionnement comme infrastructure de marché pour actifs tokenisés. L’entreprise ne veut pas être uniquement un acteur de la crypto ou un prêteur numérique ; elle veut devenir une couche de marché pour les actifs financiers traditionnels modernisés par la blockchain.

L’acquisition de Kiavi lui apporte trois avantages : une plateforme opérationnelle déjà active, un volume important de nouveaux prêts et une crédibilité supplémentaire dans l’immobilier résidentiel investisseur. Elle ajoute également des produits complémentaires au portefeuille existant de Figure, notamment les prêts DSCR.

Le deal peut donc accélérer la diversification de Figure au-delà des produits de home equity, tout en renforçant son récit boursier autour de la tokenisation des RWA. Pour les investisseurs, la question sera de savoir si ces volumes se traduisent réellement en revenus, marges et adoption institutionnelle durable.

Une acquisition stratégique, mais pas sans risques

Le marché des prêts immobiliers aux investisseurs dépend de nombreux facteurs macroéconomiques : taux d’intérêt, prix de l’immobilier, liquidité du crédit, demande locative, coûts de rénovation et conditions de refinancement. Une détérioration de ces variables pourrait affecter les volumes, la qualité du crédit ou l’appétit des acheteurs d’actifs.

La tokenisation ne supprime pas ces risques. Elle peut améliorer la circulation de l’information, réduire certaines frictions et élargir la base d’investisseurs, mais elle ne rend pas un prêt sans risque. Les défauts, retards, variations de valeur immobilière et contraintes réglementaires restent déterminants.

Figure devra donc prouver que son infrastructure apporte une amélioration réelle par rapport aux circuits existants. Le succès du deal ne se mesurera pas seulement au volume ajouté, mais aussi à la qualité des prêts, au coût du capital, à la liquidité du marché et à la capacité à maintenir des marges élevées.

Un signal fort pour les RWA

L’acquisition de Kiavi envoie un signal clair : la bataille des RWA se joue désormais sur l’accès aux actifs sous-jacents. Les infrastructures blockchain capables de contrôler ou d’intégrer des canaux d’origination disposent d’un avantage sur les plateformes qui ne font qu’attendre la tokenisation d’actifs externes.

Avec Kiavi, Figure ajoute un flux concret de crédit immobilier à son marché. Cette approche peut renforcer son avance si elle parvient à industrialiser la distribution on-chain de prêts réels, tout en respectant les exigences de conformité et de gestion du risque.

Pour l’écosystème crypto, le message est important : les prochaines grandes applications de la blockchain pourraient moins ressembler à des memecoins qu’à des rails invisibles pour des prêts, des fonds, des créances et des actifs financiers déjà existants.

Note éditoriale : cet article est une synthèse journalistique et pédagogique d’informations publiques sur Figure Technology Solutions, Kiavi, Sixth Street, les prêts immobiliers aux investisseurs et la tokenisation des actifs réels. Il ne constitue pas un conseil financier. Les actions, produits de crédit, actifs tokenisés et expositions liées aux RWA comportent des risques de marché, de liquidité, de crédit, d’exécution et de réglementation.