Visa refuse de choisir entre OUSD, USDT et USDC

Lors de la présentation des résultats du groupe, le PDG de Visa Ryan McInerney a refusé de présenter Open USD comme le stablecoin que son entreprise souhaite voir dominer le marché.

Interrogé sur la possibilité qu'OUSD devienne un rival direct de Tether et de Circle, il a expliqué que Visa continuerait à adopter une approche multi-coin et multi-chain.

La stratégie de Visa consiste moins à faire gagner un stablecoin précis qu'à fournir l'infrastructure permettant à tous les stablecoins crédibles de circuler dans les réseaux financiers existants.

Une position agnostique, malgré le soutien à Open USD

La prudence de Visa peut sembler contradictoire. Le groupe fait partie des plus de 140 entreprises qui soutiennent Open Standard, le consortium chargé de lancer Open USD.

Visa a également choisi OUSD comme premier stablecoin intégré à sa nouvelle Visa Stablecoin Platform. Cette plateforme permet aux banques, aux fintechs et aux entreprises crypto de créer, détenir, transférer, émettre et racheter des stablecoins dans un environnement administré par Visa.

Le groupe distingue toutefois le soutien à une nouvelle infrastructure et un engagement exclusif en faveur d'un seul actif numérique.

Visa veut devenir la couche de connexion du marché

Le raisonnement de Visa repose sur une idée simple : plus le nombre de stablecoins augmente, plus les entreprises auront besoin d'une infrastructure commune pour les connecter.

Dans ce scénario, Visa peut conserver une place centrale sans contrôler directement l'émetteur dominant. Le groupe peut fournir les wallets, les outils de conformité, la gestion des risques, la conversion, le règlement et l'accès à son réseau mondial.

Certains analystes décrivent ainsi Visa comme un possible « stablecoin des stablecoins », c'est-à-dire une couche capable d'orchestrer plusieurs actifs numériques plutôt qu'un concurrent direct de chacun d'eux.

La stratégie stablecoin de Visa en résumé
ÉlémentDétail
DirigeantRyan McInerney, PDG de Visa.
Position officielleVisa ne veut pas choisir les gagnants du marché des stablecoins.
ApprocheMulti-coin et multi-chain.
Premier actif pris en charge par VSPOpen USD, également appelé OUSD.
Concurrents de référenceUSDT de Tether et USDC de Circle.
Open StandardConsortium regroupant plus de 140 entreprises.
Objectif de VisaConnecter les institutions aux stablecoins de manière sécurisée et à grande échelle.

Open USD cherche à changer l'économie des stablecoins

Open USD se distingue par un modèle économique pensé pour les entreprises qui distribuent et utilisent le stablecoin. Les partenaires doivent pouvoir émettre et racheter OUSD sans frais ni limite de volume.

Les revenus générés par les réserves doivent également être partagés avec les partenaires, après déduction de frais de gestion. Ce mécanisme contraste avec les modèles où l'émetteur conserve l'essentiel des revenus de réserve.

Cette structure pourrait rendre OUSD attractif pour les plateformes de paiement, les fintechs, les wallets et les commerçants qui contribuent à sa distribution.

Pourquoi Visa reste neutre

Choisir un seul stablecoin exposerait Visa au risque de soutenir un actif qui ne deviendrait pas la norme. Une stratégie agnostique permet au groupe de travailler avec plusieurs émetteurs et blockchains, tout en captant la valeur liée aux flux, à la conformité, au règlement et à l'accès au réseau.

Un lancement qui a inquiété les investisseurs de Circle

L'annonce d'Open USD a rapidement été interprétée comme une menace potentielle pour Circle. Plusieurs analystes ont évoqué le risque qu'un consortium regroupant Visa, Mastercard, Stripe, BlackRock et Coinbase puisse accélérer l'adoption d'un nouveau stablecoin institutionnel.

Mizuho a notamment cité la menace d'OUSD dans son analyse de Circle. D'autres analystes, dont Bernstein, ont toutefois relativisé l'impact potentiel du projet sur l'activité de l'émetteur d'USDC.

La déclaration de Ryan McInerney renforce cette lecture prudente : Visa soutient OUSD, mais ne promet pas de concentrer toutes ses ressources sur son succès.

Ark Invest parle d'un engagement encore limité

Lorenzo Valente, directeur de la recherche chez Ark Invest, estime que la participation de certains partenaires d'Open USD ressemble davantage à une lettre d'intention souple qu'à un pari stratégique.

Selon cette analyse, soutenir une infrastructure ne signifie pas nécessairement lui consacrer un capital important, une distribution prioritaire ou un engagement de bilan.

Cette distinction sera essentielle pour mesurer la force réelle du consortium. Le nombre de partenaires est impressionnant, mais l'adoption dépendra de leur niveau d'implication opérationnelle.

La Visa Stablecoin Platform au coeur du dispositif

Visa a lancé en juillet 2026 la Visa Stablecoin Platform, une infrastructure destinée aux institutions financières, fintechs et acteurs crypto.

La plateforme fournit des wallets, des outils d'émission et de rachat, des mécanismes de contrôle interne, des journaux d'audit et des fonctions de sécurité. Elle doit également relier les stablecoins aux services existants de Visa liés au règlement, à la trésorerie et aux paiements.

Le lancement commence avec Open USD, mais le discours du PDG indique clairement que d'autres actifs pourraient être intégrés.

USDC reste déjà intégré dans plusieurs services Visa

Visa dispose déjà d'une expérience avec USDC. Le groupe utilise notamment le stablecoin de Circle dans certains systèmes de règlement et dans des programmes liés aux cartes financées par des actifs numériques.

Cette relation antérieure montre pourquoi Visa évite une opposition frontale entre OUSD et USDC. Le groupe a intérêt à maintenir plusieurs partenaires et à proposer des solutions compatibles avec différents actifs.

La même logique pourrait s'appliquer à USDT ou à d'autres stablecoins lorsque les conditions réglementaires, techniques et commerciales le permettent.

Les stablecoins restent encore limités dans les paiements quotidiens

Ryan McInerney a également rappelé que les stablecoins n'ont pas encore atteint une adoption massive dans les paiements courants.

Leur usage reste principalement concentré dans le trading crypto, les transferts internationaux, les règlements entre entreprises et les cartes liées aux stablecoins.

Le défi consiste désormais à intégrer ces actifs dans des produits accessibles aux banques, aux commerçants et aux entreprises sans imposer aux utilisateurs de gérer directement la complexité des blockchains.

Une menace ou une opportunité pour Visa ?

Les stablecoins peuvent théoriquement permettre à des entreprises de transférer de la valeur sans passer par les réseaux de cartes traditionnels. Ils sont donc parfois présentés comme une menace pour Visa et Mastercard.

Visa cherche à retourner cette menace à son avantage. En fournissant les outils nécessaires à leur utilisation, le groupe peut rester présent dans les flux même lorsque le règlement final repose sur une blockchain.

Cette stratégie ressemble à celle adoptée lors de précédentes évolutions des paiements : intégrer la nouvelle technologie dans le réseau existant plutôt que tenter de la bloquer.

Le vrai pari de Visa porte sur l'écosystème

La déclaration de Ryan McInerney clarifie le positionnement de Visa. Le groupe ne parie pas uniquement sur Open USD, Tether ou Circle. Il parie sur la croissance globale des stablecoins.

Si plusieurs actifs coexistent, Visa peut devenir une couche d'interopérabilité essentielle. Si un seul stablecoin finit par dominer, le groupe veut également pouvoir le prendre en charge.

Cette neutralité donne à Visa une flexibilité importante, mais elle laisse ouverte une question : jusqu'où le groupe soutiendra-t-il réellement Open USD lorsque celui-ci entrera en concurrence directe avec ses partenaires historiques ?

Note éditoriale : cet article synthétise des déclarations publiques de Ryan McInerney ainsi que des informations relatives à Visa, Open USD, Tether et Circle. Open USD n'a pas encore démontré une adoption comparable à USDT ou USDC. Les commentaires des analystes constituent des opinions et peuvent évoluer. Cet article ne constitue pas un conseil financier.