Tether veut faire évoluer le modèle de Twenty One Capital
Tether veut pousser Twenty One Capital au-delà du simple statut de société de trésorerie Bitcoin. Selon une proposition publiée par Tether Investments, l’entreprise cotée devrait d’abord fusionner avec Strike, la plateforme Bitcoin fondée par Jack Mallers, puis intégrer Elektron Energy, un acteur du mining Bitcoin. L’idée est de créer une société publique capable de combiner exposition au BTC, revenus opérationnels et infrastructures industrielles.
Cette proposition intervient à un moment délicat pour les sociétés dites de Bitcoin treasury. Après avoir bénéficié d’un fort engouement en 2025, ces véhicules cotés ont été rattrapés par une question simple : pourquoi acheter l’action d’une société qui détient du Bitcoin plutôt que d’acheter directement du Bitcoin ? Tether cherche précisément à répondre à cette critique en ajoutant des activités capables de produire du chiffre d’affaires, et non plus seulement une exposition comptable au BTC.
Une fusion à trois étages autour de Bitcoin
Le schéma proposé par Tether repose sur une consolidation en plusieurs temps. Twenty One Capital fusionnerait avec Strike, qui apporte une activité de services financiers Bitcoin, de paiement, de brokerage et de distribution auprès d’utilisateurs grand public comme institutionnels. L’entité ainsi formée serait ensuite combinée avec Elektron Energy, spécialisée dans le mining Bitcoin à grande échelle.
Si l’opération est menée à terme, le nouvel ensemble ne se limiterait plus à conserver des BTC au bilan. Il regrouperait une trésorerie Bitcoin importante, des services financiers liés au réseau, des capacités de prêt, des activités de marchés de capitaux, une infrastructure de minage et une stratégie d’acquisitions. Tether décrit ainsi une plateforme beaucoup plus verticale, capable de capter plusieurs sources de valeur au sein de l’écosystème Bitcoin.
Le message de Tether est clair : le marché ne valorisera plus durablement une simple réserve de Bitcoin si elle n’est pas accompagnée d’un vrai moteur opérationnel.
Pourquoi le modèle “Bitcoin treasury” est sous pression
Twenty One Capital avait été lancée avec une ambition très lisible : devenir l’un des grands véhicules publics d’exposition à Bitcoin, dans le sillage de la stratégie popularisée par Michael Saylor avec Strategy. À ses débuts, l’entreprise détenait plus de 40 000 BTC et se présentait comme une société native Bitcoin, structurée pour maximiser le nombre de satoshis par action.
Mais le marché est devenu plus exigeant. Lorsque Bitcoin baisse, les actions de sociétés de trésorerie peuvent décrocher plus vite que l’actif sous-jacent. Les investisseurs surveillent alors le mNAV, c’est-à-dire la valeur d’entreprise rapportée aux cryptoactifs détenus. Lorsque cette prime se compresse, les sociétés doivent prouver qu’elles ont autre chose à offrir qu’un bilan rempli de BTC.
| Acteur | Rôle actuel | Apport stratégique potentiel |
|---|---|---|
| Twenty One Capital | Société cotée centrée sur l’accumulation de Bitcoin | Trésorerie BTC, accès aux marchés publics, structure d’actionnariat |
| Strike | Plateforme de paiement et de services financiers Bitcoin | Distribution, produits utilisateurs, lending, infrastructure réglementaire |
| Elektron Energy | Entreprise de mining Bitcoin à grande échelle | Production de BTC, capacité industrielle, expertise énergétique et exécution |
| Tether Investments | Actionnaire majeur et force de proposition | Capital, influence stratégique, alignement avec l’écosystème Bitcoin |
| Jack Mallers | Fondateur de Strike et dirigeant de Twenty One | Vision produit, marque Bitcoin, leadership grand public et institutionnel |
Strike : la pièce “services financiers” du puzzle
La présence de Strike est centrale dans la logique de Tether. Là où Twenty One Capital apporte le véhicule coté et la trésorerie BTC, Strike apporte une activité utilisable : paiements, achat et vente de Bitcoin, services à des clients particuliers, solutions pour institutions et, plus récemment, produits de crédit adossés à BTC.
Jack Mallers a justement présenté de nouveaux outils de lending Bitcoin, dont une logique de preuve de réserves pour les collatéraux et une structure de prêts conçue pour réduire le risque de liquidation forcée en cas de volatilité. Dans le cadre d’un rapprochement avec Twenty One, ces produits pourraient fournir au groupe une source de revenus récurrents et renforcer l’idée que la société ne vit pas uniquement de la hausse du BTC.
Twenty One Capital passerait d’un modèle essentiellement patrimonial tel que acheter et conserver du Bitcoin à un modèle plus industriel. Le nouvel ensemble pourrait miner du BTC, le conserver, le monétiser via des services financiers et distribuer des produits Bitcoin depuis une société cotée.
Elektron Energy : intégrer le mining dans l’équation
L’autre pièce de la proposition est Elektron Energy, une société de mining Bitcoin dirigée par Raphael Zagury. Tether propose que Zagury devienne président de l’entité fusionnée, ce qui souligne le rôle stratégique du mining dans le plan. L’idée n’est pas seulement de posséder du Bitcoin acheté sur le marché, mais aussi d’intégrer une capacité de production.
Cette dimension peut modifier la perception du dossier. Une société qui mine du BTC n’a pas exactement le même profil qu’une société qui émet de la dette ou des actions pour acheter du BTC. Elle reste exposée au prix de Bitcoin, au coût de l’énergie, à la difficulté de minage et aux cycles du réseau, mais elle dispose d’un moteur opérationnel capable de produire des actifs numériques lorsque l’exécution est maîtrisée.
Le marché a immédiatement réagi
L’action Twenty One Capital a réagi positivement dans les échanges hors séance après la révélation de la proposition. Le titre avait terminé la séance régulière en baisse, autour de 7,83 dollars, avant de monter jusqu’à environ 9,28 dollars en after-hours, puis de revenir vers 8,35 dollars. Cette réaction traduit un intérêt immédiat pour la perspective d’un modèle plus complet.
La hausse ne garantit toutefois pas que l’opération se concrétisera. Les termes financiers, la structure de gouvernance, les éventuelles dilutions, les validations réglementaires et le calendrier restent inconnus. Pour les investisseurs, la vraie question sera de savoir si le rapprochement crée une valeur opérationnelle durable ou s’il s’agit surtout d’un repositionnement narratif autour de Bitcoin.
Un repositionnement défensif autant qu’offensif
La proposition de Tether peut se lire comme une stratégie offensive : bâtir la société Bitcoin cotée la plus complète du marché. Mais elle a aussi une dimension défensive. Les sociétés de trésorerie crypto subissent une pression croissante lorsque leurs actions se négocient avec une prime trop fragile ou lorsque leur performance décroche par rapport à l’actif qu’elles détiennent.
En ajoutant Strike et Elektron, Twenty One pourrait mieux défendre sa valorisation. Les investisseurs ne regarderaient plus seulement le nombre de BTC au bilan, mais aussi la capacité du groupe à générer des revenus via les paiements, les prêts adossés à Bitcoin, les marchés de capitaux, le mining et d’éventuelles acquisitions stratégiques.
Tether renforce son rôle d’architecte Bitcoin
Pour Tether, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large. L’émetteur de l’USDT n’est plus seulement un acteur du stablecoin : il investit dans l’énergie, le mining, les infrastructures Bitcoin, l’intelligence artificielle et les services financiers numériques. En poussant cette fusion, Tether cherche à assembler plusieurs briques capables de former une plateforme Bitcoin publique, visible et potentiellement rentable.
Cette évolution est cohérente avec la montée en puissance de Tether comme investisseur d’infrastructure. Le groupe dispose d’importantes ressources financières et d’une forte exposition à l’écosystème crypto. En rapprochant Twenty One, Strike et Elektron, il chercherait à transformer cette puissance de bilan en organisation plus intégrée, avec une présence à la fois dans les marchés publics, les produits utilisateurs et la production de BTC.
Les risques d’un conglomérat Bitcoin coté
Le projet n’est pas sans risques. La combinaison d’une société cotée, d’une fintech Bitcoin, d’un mineur et d’une stratégie de trésorerie massive crée une structure complexe. Les investisseurs devront comprendre plusieurs métiers à la fois : exposition au prix du BTC, coûts de mining, réglementation des services financiers, risques de crédit, gouvernance, dilution potentielle et corrélation avec les cycles crypto.
La difficulté sera aussi culturelle. Strike est une marque produit orientée utilisateurs, Elektron est une entreprise d’infrastructure industrielle, Twenty One est un véhicule de marché public, et Tether est un actionnaire stratégique majeur. Faire fonctionner ces pièces ensemble exigera une gouvernance claire, des priorités lisibles et une discipline financière que le marché pourra mesurer trimestre après trimestre.
Une nouvelle phase pour les sociétés Bitcoin cotées
Si l’opération aboutit, elle pourrait marquer une nouvelle étape pour les entreprises Bitcoin cotées. La première génération s’est concentrée sur l’accumulation de BTC. La suivante devra probablement prouver qu’elle peut construire des activités autour de cet actif : crédit, paiements, mining, infrastructure, conseil, marchés de capitaux et services pour entreprises.
La proposition de Tether montre que le simple récit de la “trésorerie Bitcoin” ne suffit plus toujours. Le marché veut des revenus, de l’exécution et une raison de payer une prime par rapport à Bitcoin lui-même. Twenty One Capital, Strike et Elektron pourraient devenir le test grandeur nature de cette nouvelle thèse : une société publique Bitcoin-native capable de détenir, produire, distribuer et monétiser BTC dans un même ensemble.
Pour l’instant, les termes restent ouverts. Mais le signal est fort : Tether ne veut pas seulement financer l’écosystème Bitcoin, il veut en organiser certaines infrastructures clés. Si la fusion se matérialise, elle pourrait redéfinir ce qu’un investisseur attend d’une action Bitcoin cotée : non plus un simple coffre-fort, mais une entreprise opérationnelle construite autour de l’actif.