Coinbase exporte au Royaume-Uni un produit déjà testé à grande échelle aux États-Unis
Coinbase poursuit sa stratégie de convergence entre finance grand public et infrastructure onchain. Après avoir lancé aux États-Unis, en janvier 2025, un produit permettant d’emprunter de l’USDC contre des actifs crypto sans devoir les vendre, l’exchange déploie désormais cette mécanique au Royaume-Uni. La promesse est simple à comprendre : obtenir de la liquidité sans sortir du marché.
Dans sa version britannique, l’offre permet aux utilisateurs éligibles d’emprunter en quelques instants depuis l’application Coinbase, en apportant du bitcoin, de l’ether ou du cbETH en garantie. Le prêt est ensuite servi en USDC, directement crédité sur le compte Coinbase de l’utilisateur, avec la possibilité de le convertir en livres sterling ou de le transférer. Sur le papier, le produit répond à un besoin très concret : débloquer des fonds sans cristalliser immédiatement une vente d’actifs, et donc sans renoncer à une exposition au marché crypto.
Le mécanisme reste celui d’un crédit surcollatéralisé, piloté par Morpho sur Base
Derrière l’interface familière de Coinbase, l’architecture est résolument onchain. Le collatéral promis par l’emprunteur est envoyé vers un smart contract opéré via Morpho, protocole de lending open source déployé sur Base, le réseau de couche 2 incubé par Coinbase. L’exchange ne se présente pas comme le prêteur traditionnel au sens bancaire du terme, mais comme une passerelle simplifiée vers un moteur de crédit décentralisé.
C’est un point important, car il dit beaucoup de l’évolution du modèle Coinbase : l’entreprise ne se contente plus d’héberger l’achat et la conservation d’actifs, elle intègre désormais des briques DeFi directement dans son application. En clair, l’utilisateur voit une expérience centralisée et fluide, mais le back-end repose de plus en plus sur des protocoles onchain. C’est une version très concrète du principe souvent résumé par l’industrie comme « Coinbase devant, DeFi derrière ».
| Élément | Détail | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Actifs de collatéral initiaux | BTC, ETH et cbETH | Le service cible d’abord les actifs les plus liquides et les plus lisibles pour le grand public. |
| Montant empruntable | Jusqu’à 5 M$ en USDC selon le collatéral disponible | Coinbase vise autant les particuliers fortunés que les utilisateurs crypto avancés. |
| Infrastructure | Morpho sur Base | Le prêt repose sur une logique onchain, mais encapsulée dans l’interface Coinbase. |
| Taux et remboursement | Taux variables, pas d’échéancier fixe | La souplesse est élevée, mais le coût du crédit peut évoluer en continu avec le marché. |
| Gestion du risque | Liquidation si le ratio prêt/valeur franchit le seuil prévu | L’utilisateur garde la main sur le calendrier de remboursement, pas sur la volatilité du collatéral. |
| Traction américaine | Plus de 2,17 Md USDC d’originations au 14 avril 2026 | Coinbase avance un signal de validation marché avant d’étendre l’offre à d’autres pays. |
Un produit pensé pour la vitesse, mais aussi pour la surveillance du risque
L’emprunt s’active depuis l’onglet Borrow de l’application. L’utilisateur choisit son collatéral, indique le montant d’USDC souhaité, puis reçoit les fonds sur son compte Coinbase, en principe en quelques secondes. Les intérêts ne sont pas fixes : ils sont calculés automatiquement par Morpho et peuvent varier à chaque nouveau bloc produit sur Base. Autrement dit, l’expérience semble simple, mais le pricing reste celui d’un marché dynamique.
Autre différence avec un crédit classique : aucune mensualité imposée. L’emprunteur peut rembourser quand il le souhaite, en totalité ou partiellement. En contrepartie, la plateforme rappelle que le risque de liquidation demeure permanent. Si le montant emprunté, augmenté des intérêts accumulés, devient trop élevé par rapport à la valeur du collatéral, le protocole enclenche la liquidation. Coinbase précise dans sa documentation produit qu’un seuil de 86 % de loan-to-value doit rester sous contrôle pour éviter cette issue sur son offre borrow.
Coinbase ne vend pas ici un simple crédit crypto : la société empaquette un produit DeFi complexe dans une expérience mobile grand public, avec toute la promesse de simplicité que cela suppose, mais aussi tous les risques d’un collatéral ultra volatil.
La poussée britannique s’inscrit dans une offensive plus large de Coinbase au Royaume-Uni
Ce lancement n’arrive pas dans le vide. Depuis plus d’un an, Coinbase multiplie les signaux d’ancrage sur le marché britannique. La société a obtenu son enregistrement VASP auprès de la FCA en février 2025, présenté comme un jalon structurant pour offrir davantage de services crypto et fiat dans le pays. Elle a ensuite lancé un compte d’épargne en livres sterling au Royaume-Uni en novembre 2025, puis élargi sa couche DEX trading aux clients britanniques au printemps 2026.
Le fil directeur est cohérent : Coinbase veut devenir une application financière de premier plan sur le marché britannique, pas seulement une place d’achat-vente d’actifs numériques. En ce sens, l’ajout du prêt adossé aux cryptos a une vraie logique stratégique. Il complète l’offre de conservation, d’échange, de conversion en fiat et d’épargne, tout en faisant monter en gamme la proposition de valeur de l’app.
Pour l’utilisateur, l’intérêt est de débloquer de la liquidité sans vendre ses positions. Pour Coinbase, c’est une manière de monétiser davantage la relation client tout en démontrant que des briques DeFi peuvent être intégrées dans une expérience grand public. Pour le marché, c’est un nouveau signal de normalisation des usages de crédit onchain hors du seul cercle des utilisateurs natifs de la DeFi.
Des chiffres américains qui servent de preuve commerciale avant l’expansion internationale
Coinbase insiste sur un point : l’offre n’arrive pas au Royaume-Uni comme une expérimentation marginale. L’entreprise met en avant plus de 2,17 milliards d’USDC de prêts originés via sa couche Morpho aux États-Unis au 14 avril 2026. Ce volume ne garantit pas une adoption durable, mais il permet à l’exchange de montrer que le produit a déjà trouvé sa place dans son portefeuille de services.
Le contraste avec le lancement américain est d’ailleurs révélateur. Début 2025, l’offre plafonnait à 100 000 dollars et visait d’abord le collatéral bitcoin, hors État de New York. Depuis, le plafond a fortement progressé et la palette d’actifs pris en charge s’est élargie. Le Royaume-Uni bénéficie donc d’un produit déjà maturé, avec davantage de recul opérationnel, plus d’automatisation et un discours commercial mieux rodé.
Une proposition séduisante, mais qui reste réservée aux profils capables de gérer la volatilité
Le principal attrait du prêt crypto reste intact : il permet d’éviter une vente immédiate d’actifs, ce qui peut intéresser les investisseurs convaincus d’un potentiel de hausse à long terme. Coinbase met aussi en avant, dans sa documentation, l’idée qu’un emprunt n’est pas traité par la plateforme comme une transaction taxable. Mais cet argument doit être manié avec prudence : la réalité fiscale dépend toujours de la juridiction concernée et de la situation de l’utilisateur.
Surtout, le produit n’efface pas le risque de marché. Dans un univers où le prix du BTC ou de l’ETH peut brutalement décrocher, la flexibilité du remboursement ne protège pas contre un appel de marge algorithmique. L’alerte par e-mail et SMS peut aider à réagir, mais elle ne remplace ni une discipline de gestion du collatéral, ni une compréhension minimale du fonctionnement d’un protocole de lending onchain.
Au fond, cette extension britannique raconte quelque chose de plus large : la frontière entre finance centralisée et finance décentralisée continue de s’estomper. Coinbase ne demande plus aux utilisateurs d’aller eux-mêmes sur les protocoles ; la plateforme importe les protocoles dans son application. Pour le secteur, c’est probablement l’une des transformations les plus structurantes du moment.