Un projet de 120 millions de dollars abandonné

Tether a abandonné un projet de minage Bitcoin en Uruguay estimé à environ 120 millions de dollars, selon un rapport de Reuters relayé par The Block.

Le projet devait constituer une première étape vers une expansion plus large du groupe dans le minage en Amérique du Sud.

La rupture du projet est liée à un conflit contractuel avec UTE, l'entreprise publique uruguayenne chargée de l'électricité.

Le coeur du différend portait sur une question simple mais déterminante : la quantité d'électricité que Tether pouvait réellement consommer sur ses deux sites.

Une interprétation opposée du contrat électrique

Selon Reuters, les deux parties ne s'accordaient pas sur la signification du niveau de puissance prévu dans leur contrat.

Tether considérait ce chiffre comme un niveau minimum pouvant être augmenté ultérieurement.

UTE estimait au contraire qu'il s'agissait d'un plafond ferme que les sites ne pouvaient pas dépasser.

Le projet Tether en Uruguay en chiffres
ÉlémentDétail
Montant estimé du projetEnviron 120 millions de dollars.
Nombre de sitesDeux sites de minage.
LocalisationDépartement de Florida, Uruguay.
Entreprise localeMicrofin.
Fournisseur d'électricitéUTE, entreprise publique uruguayenne.
Coupure d'électricité25 juillet 2025.
Notification de fin d'activité25 novembre 2025.
Objectif régional initialExpansion potentielle vers le Brésil, le Paraguay et l'Argentine.

Les sites avaient d'abord bien fonctionné

Deux anciens prestataires cités par Reuters expliquent que les installations avaient d'abord fonctionné correctement et généré des revenus.

Les difficultés sont apparues lorsque les besoins en électricité ont augmenté.

À certains moments, les opérations auraient manqué de puissance pendant plusieurs jours, réduisant mécaniquement la capacité de minage.

Pourquoi l'électricité est-elle centrale pour le minage ?

Le minage Bitcoin repose sur des machines fonctionnant en continu et consommant de très grandes quantités d'électricité. Une limitation de puissance peut empêcher d'utiliser tous les équipements installés et dégrader fortement la rentabilité d'un site. Le prix du kilowattheure et la quantité de puissance disponible sont donc deux variables essentielles.

Un contrat révisé devait résoudre le conflit

Tether et UTE auraient tenté de régler leur désaccord grâce à un nouveau contrat.

Reuters rapporte toutefois que les représentants de Tether ne se seraient pas présentés au rendez-vous prévu pour la signature de l'accord révisé.

Cette absence aurait contribué à faire échouer les négociations.

Le changement de gouvernement aurait durci les discussions

Un ancien prestataire et une autre source ont également affirmé à Reuters que le conflit s'était intensifié après l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Yamandú Orsi en mars 2025.

La nouvelle administration a ensuite nommé de nouveaux dirigeants à la tête d'UTE.

Selon ces sources, la nouvelle direction aurait adopté une position plus stricte dans les négociations contractuelles.

Microfin cesse de payer ses factures

Microfin, l'entité juridique uruguayenne de Tether, a cessé de régler ses factures d'électricité environ deux mois après le changement de gouvernement.

En juin 2025, l'entreprise a informé UTE de son intention de mettre fin aux contrats.

La combinaison des factures impayées et de l'absence de nouvel accord a conduit à la coupure des sites.

UTE coupe l'électricité le 25 juillet 2025

Le 25 juillet 2025, UTE a déconnecté les deux installations de minage.

Cette décision a pratiquement mis fin à l'exploitation opérationnelle des sites.

Quelques mois plus tard, le 25 novembre, Tether a informé les autorités du travail uruguayennes qu'elle mettait fin à ses opérations et licenciait la majorité du personnel.

Le montant de 120 M$ n'avait jamais été publié par Tether

Le chiffre de 120 millions de dollars provient d'une personne ayant connaissance directe du projet, citée par Reuters.

Tether n'avait pas auparavant communiqué publiquement le montant exact investi en Uruguay.

L'entreprise n'a pas répondu aux demandes de commentaire de Reuters ni de The Block sur cette affaire.

L'Uruguay devait être une porte d'entrée en Amérique du Sud

Lors de l'annonce initiale du projet en mai 2023, Tether présentait l'Uruguay comme une plateforme particulièrement adaptée au minage grâce à son réseau électrique développé et à sa forte production renouvelable.

Un ancien prestataire affirme que le pays devait servir de terrain d'essai avant une éventuelle expansion vers le Brésil, le Paraguay et l'Argentine.

Tether indiquait alors vouloir étendre rapidement ses opérations minières à d'autres pays.

Tether avait des ambitions très élevées dans le minage

En juin 2025, Paolo Ardoino déclarait que Tether ambitionnait de devenir l'un des plus importants mineurs de Bitcoin au monde.

À cette période, la société disait avoir investi plus de 2 milliards de dollars dans des infrastructures énergétiques et minières réparties sur 15 sites en Uruguay, au Paraguay et au Salvador.

La coupure des sites uruguayens est intervenue environ un mois après ces déclarations.

La stratégie régionale de Tether ne s'est pas arrêtée

Malgré l'échec du projet uruguayen, Tether a continué d'investir dans l'énergie et le minage en Amérique latine.

Le groupe a notamment acquis une participation de 70 % dans le producteur d'énergie renouvelable Adecoagro.

Un accord ultérieur prévoit l'utilisation d'une partie de l'électricité excédentaire d'Adecoagro pour le minage de Bitcoin.

Tether développe aussi ses propres outils miniers

L'entreprise a parallèlement publié un système d'exploitation open source destiné aux opérations de minage.

Elle a également acquis une participation de 8,2 % dans la société de financement minier Antalpha.

Tether développe enfin des systèmes de minage modulaires avec Canaan et ACME Swisstech.

L'économie du minage est sous pression

Le cas uruguayen illustre un problème plus large pour l'industrie : la rentabilité du minage dépend fortement du coût de l'électricité.

Lorsque les prix énergétiques sont élevés et que le bitcoin ne compense pas suffisamment ces coûts, la marge des opérateurs se réduit rapidement.

Cette situation pousse certains groupes à fermer des installations, à les déplacer ou à chercher des activités plus rentables.

L'IA devient une alternative aux fermes de minage

Les data centers capables d'accueillir des équipements de minage peuvent parfois être reconvertis vers le calcul haute performance et l'intelligence artificielle.

Cette option représente un coût d'opportunité important pour les mineurs lorsqu'un site dispose d'une bonne connexion électrique et réseau.

Des groupes comme HIVE, IREN, Hut 8 ou TeraWulf ont déjà accéléré dans cette direction.

L'Uruguay serait mieux adapté aux data centers IA

Nicolas Ribeiro, spécialiste du minage crypto cité par Reuters, estime que la qualité du réseau électrique et de l'infrastructure internet de l'Uruguay pourrait rendre le pays plus intéressant pour les data centers IA que pour le minage Bitcoin.

Le principal problème pour le minage reste le coût relativement élevé de l'électricité.

Dans ce secteur, quelques centimes de différence par kilowattheure peuvent modifier profondément la rentabilité d'un projet.

Un échec opérationnel plus qu'un abandon stratégique

Le projet uruguayen constitue donc un revers important, mais il ne signifie pas que Tether abandonne le minage ou l'énergie.

La société continue d'investir dans ces secteurs à travers d'autres pays, entreprises et infrastructures.

L'affaire souligne surtout la difficulté de sécuriser des contrats énergétiques suffisamment flexibles pour accompagner la montée en puissance de grandes fermes de minage.

Note éditoriale : cet article synthétise les informations rapportées par Reuters et relayées par The Block. Le montant d'environ 120 millions de dollars est une estimation fournie à Reuters par une source connaissant le projet et n'a pas été confirmé publiquement par Tether. Certaines affirmations concernant les négociations, le changement de gouvernement et les positions respectives des parties proviennent également de sources citées par Reuters. Tether n'avait pas répondu aux demandes de commentaire au moment de la publication. Cet article ne constitue pas un conseil financier.